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Interview du Président avec EducPros

Le mouvement de grève générale en Guadeloupe et en Martinique a fortement touché le secteur éducatif. Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale a ainsi reçu mardi 3 mars 2009 les recteurs des départements d’outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion) pour faire le point sur la situation. Arrivé à la présidence de l’université des Antilles et de la Guyane (UAG) en janvier 2009, en pleine mobilisation, Pascal Saffache a répondu aux questions d’Educpros. Comment son université a vécu la crise ? Quelles sont les problématiques propres à ces régions dans l'enseignement supérieur ?

 

Comment se sont déroulés les derniers mois de crise dans votre université ?

 

Nous vivons une période relativement difficile. J'ai été élu à la présidence de l’ (UAG) le 23 janvier 2009 et dès le 27, nous avons dû fermer le campus de Guadeloupe, qui n’a réouvert que le mardi 3 mars. Soit près de 5 semaines de fermeture.

 

En Martinique, le site est resté fermé 20 jours. L’activité reprend progressivement bien que les cours n’aient toujours pas commencé. J’ai demandé aux enseignants de reprendre leurs activités lundi 9 mars, mais les étudiants ne pourront pas être

présents si les transports en commun restent bloqués.

 

Plusieurs étudiants guadeloupéens, guyanais, des ressortissants des pays du bassin caribéen (La Dominique, Sainte-Lucie, etc.) et des étudiants européens (britanniques et allemands) qui étudient en Martinique ont ainsi été bloqués sur le campus. Ils n’avaient pas de véhicule et ne pouvaient pas faire de courses. J’ai dû faire un appel aux dons dans les médias pour leur permettre de subsister.

 

Pourrez-vous rattraper ce retard pris par les étudiants ?

 

Les examens et partiels ont été reportés de quelques semaines. Les dates de rattrapage seront définies en concertation avec les doyens le moment venu. En Martinique, il est trop tôt pour le faire car nous n’avons encore aucune idée de la date de reprise effective des cours. Concernant les , ils sont reportés aux 24 et 25 mars 2009.

 

Il est évident que nous ne braderons pas nos diplômes. Nous envisageons donc de rallonger l’année universitaire de trois semaines environ pour rattraper le retard pris. Les dernières délibérations qui se tiennent généralement tout début juillet se

tiendront cette année dans le courant de la seconde ou troisième semaine du mois de juillet.

 

Les enseignants-chercheurs et étudiants se sont-ils mobilisés aux côtés des grévistes ? Mais aussi sur les questions propres aux réformes dans l’enseignement supérieur et la recherche ?

 

Les universitaires sont mobilisés sur les deux plans. Tous les motifs de la mobilisation générale ne sont pas supportés par les universitaires mais le principal, le problème de « la vie chère », concerne tout le monde.

 

Dans la plateforme de revendications du LKP [Collectif d'organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles de Guadeloupe], il y avait aussi plusieurs mesures qui concernent l’enseignement supérieur, avec la demande d’un moratoire sur la mastérisation et sur l’intégration des IUFM notamment.

 

Les enseignants-chercheurs suivent également le mouvement contre les réformes dans l’enseignement supérieur et la recherche. Lors des journées de grèves hexagonales, les enseignants-chercheurs et étudiants ont défilé au niveau local. Mais dans des cortèges qui ont parfois atteint les 80 000 personnes en Guadeloupe ou 30 000 en Martinique, ils étaient quelque peu noyés dans la foule.

 

Les dernières réformes ont-elles des effets particuliers sur une université comme l’UAG, située des en outre-mer et répartie en trois pôles (Guadeloupe, Martinique, Guyane) ?

 

Nous sommes touchés différemment car nos problématiques ne sont pas tout à fait les mêmes. Par exemple, avec la loi LRU, on nous demande d’aller chercher plus de financements privés. Mais quand les seules grandes entreprises de Guadeloupe et de Martinique sont de grandes surfaces ou des concessionnaires automobiles, c’est difficile.

 

Dans nos régions nous n’avons quasiment pas d’industries. En dehors de la production de sucre, de rhum et de quelques produits éparses, nous n’avons pas de grandes industries capables d’injecter des capitaux importants dans le fonctionnement denotre université. La loi LRU va très rapidement nous mettre en difficulté.

 

Concernant la recherche, on nous demande d’être de plus en plus compétitif au niveau international. Prenons l’exemple d’un collègue de Toulouse qui souhaite travailler avec un enseignant-chercheur de Tourcoing. Il a simplement un billet de train à payer. Mais dès qu’un de nos enseignants-chercheurs souhaite se déplacer, pour travailler par exemple sur ses recherches avec un collègue parisien, c’est 800 euros aller-retour, l’hôtel et même le train si c’est en province. Tout est multiplié. Même au sein de notre université, le trajet Guadeloupe-Martinique, c’est environ 200 euros.

 

Dernier exemple, sur l’équilibre entre étudiants en licence et master, qui est l’un des critères pour les dotations budgétaires. Cela risque aussi de nous plomber. Nous avons 84 % de nos étudiants en licence, 16 % en master. Sur ce plan là, nous en avons trop en licence, pas assez en master, simplement parce que les débouchés ne sont pas là.

 

Etes-vous inquiet pour l’insertion professionnelle de vos étudiants ?

 

Le contexte socioéconomique de nos régions ne permet pas d’absorber un nombre important d’étudiants sur le marché de l’emploi. Lorsque vous avez une promotion de vingt étudiants en master 2, seuls cinq sont intégrés par le marché local. Les quinze autres sont au chômage ou quittent la région.

 

Avez-vous une politique particulière pour attirer les étudiants ?

 

C’est un de nos grands chantiers. Je souhaite donner une vraie coloration à notre université, j’entends que notre université soit reconnue sur deux ou trois grands axes transversaux.

 

Nous pourrions ainsi garder la diversité des filières, tout en se focalisant par exemple sur la problématique des milieux tropicaux, qui peut-être traitée des SHS aux sciences dures, ou encore celle de l’insularité. Les étudiants, qui vont étudier ces questions à Bordeaux ou Marseille, il faut qu’ils viennent chez nous.

 

Camille Stromboni

10.03.09